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Un homme disparaît. Sa famille cherche, interroge, attend. Les jours deviennent des semaines, les semaines deviennent des mois. Et l’absence d’information risque, insensiblement, de prendre la place de l’indignation.

Nous devons refuser cette accoutumance.

Notre confrère Mountaga Tall a été enlevé à Bamako dans la nuit du 2 au 3 mai 2026. Son fils, Cheick Mamadou Tall, a disparu le 16 mai, alors qu’il aurait été invité à apporter des effets personnels à son père. Ces deux événements ont des dates distinctes. Ils imposent une même exigence de vérité et de protection.

Les alertes publiques d’Amnesty International, de Human Rights Watch et de la Conférence internationale des barreaux témoignent de la persistance des inquiétudes. Leur sort et leur localisation doivent être établis. Leurs proches ne peuvent être abandonnés à une attente sans réponse.

Où sont-ils ? Dans quel état de santé se trouvent-ils ? Qui répond de leur sécurité ?

Ces questions appellent des réponses précises, vérifiables et immédiates.

La justice exige que toute privation de liberté puisse être connue, justifiée et contrôlée. Lorsqu’une infraction est reprochée à une personne, les faits doivent lui être notifiés et soumis à une autorité judiciaire, dans le respect des droits de la défense. Aucun soupçon ne saurait autoriser qu’un homme soit soustrait à la protection du droit.

J’écris comme avocat, comme confrère et comme citoyen. La protection de Mountaga Tall et de son fils concerne chacun de nous. Elle engage la possibilité, pour toute famille, de savoir ce qu’est devenu l’un des siens ; pour tout avocat, d’assister une personne privée de liberté ; pour tout juge, d’exercer sa mission.

Nous demandons que leur localisation soit révélée, que leur sécurité soit garantie et qu’ils puissent accéder à leurs familles, à leurs avocats et aux soins nécessaires. Nous demandons leur libération et, si des accusations sont formulées, leur présentation immédiate à l’autorité judiciaire compétente, avec toutes les garanties d’un procès équitable.

La mobilisation doit se poursuivre dans les barreaux, les institutions, les médias et la société civile. Parler d’eux, rappeler leurs noms, relayer les démarches de leurs proches : chacune de ces actions contribue à maintenir l’exigence de réponse.

Mountaga Tall. Cheick Mamadou Tall. Nous continuerons à parler de vous et à réclamer que vos droits soient respectés.

Mamadou Ismaila KONATE
Avocat à la Cour, Barreaux du Mali et de Paris
Ancien Garde des Sceaux, ministre de la Justice

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